Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/237

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ment. Mais j’entendis distinctement ces deux mots. Mon cœur battait si fort, tant de joie émue, comme défendue, me saisissait soudain, que je me cramponnai au mur pour ne pas tomber et me trahir. Il entendit mon mouvement, regarda autour de lui effrayé, et tout à coup, en baissant les yeux, rougit comme un enfant. Il voulait me dire quelque chose, mais ne pouvait pas, et son visage s’empourprait davantage. Cependant il sourit en me regardant. Je souris aussi. Tout son visage brillait de joie. Ce n’était déjà plus le vieil oncle qui me caressait et me guidait, c’était un homme égal à moi qui m’aimait et me craignait et que je craignais et aimais. Nous nous tûmes, nous nous regardâmes seulement l’un l’autre. Mais tout à coup il fronça les sourcils, le sourire et l’éclat de ses yeux disparurent, et froidement, de nouveau paternel, il s’adressa à moi comme si nous faisions quelque chose de mal et comme s’il se ressaisissait et me conseillait de me ressaisir.

— Cependant… descendez, vous vous ferez mal, — dit-il. — Et arrangez vos cheveux, regardez à qui vous ressemblez.

« Pourquoi feint-il ? Pourquoi veut-il me faire de la peine» ? pensai-je avec dépit. Et à ce moment il me vint le désir invincible de le confondre encore et d’éprouver mon pouvoir sur lui.

— Non, je veux en cueillir moi-même, — dis-je, et saisissant la branche la plus proche, je sautai