Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/244

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mouiller les pieds. Mais alors, cela nous parut compréhensible à tous trois et pas du tout étrange. Il ne me donnait jamais le bras, mais cette fois je le pris moi-même et il n’en fut pas surpris.

Nous descendîmes tous trois de la terrasse. Tout ce monde, ce ciel, ce jardin, cet air, n’étaient pas ceux que je connaissais.

Quand je regardais devant l’allée où nous marchions, il me semblait tout le temps que là-bas on ne pouvait aller plus loin, que là-bas se terminait le monde du possible et que tout cela devait être pour toujours scellé dans sa beauté. Nous nous avancions et l’espace merveilleux du beau s’élargissait, se laissait pénétrer, et là-bas aussi semblaient être notre jardin, nos arbres, les parfums et les feuilles sèches. Et en effet, nous marchions par les sentiers, nous entrions dans un cercle de lumière et d’ombre, et en effet les feuilles sèches bruissaient sous nos pieds et une branche fraîche me frôlait le visage. Et c’était lui qui marchait d’un pas égal et lent près de nous, soutenant doucement mon bras, et c’était Katia qui, en faisant crier le sable, marchait à côté de nous. Et probablement ce devait être la lune qui nous éclairait à travers les branches immobiles… Mais à chaque pas, derrière et devant nous, de nouveau se refermait l’espace merveilleux, et je cessais de croire que je pouvais aller plus loin ; je cessais de croire à tout ce qui était.