Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/252

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y posai l’argent, et frappai aux vitres. Quelqu’un en faisant grincer la porte, sortit de l’izba et appela. En tremblant et sentant le froid de la peur, j’accourus à la maison comme une voleuse.

Katia me demanda où j’étais allée, et ce que j’avais. Mais je ne comprenais même pas ce quelle disait et ne lui répondis pas. Tout me parut soudain si mesquin, si misérable. Je m’enfermai dans ma chambre et longtemps j’y marchai de long en large, ne pouvant rien faire, ni même me rendre compte de ce que j’éprouvais. Je pensais à la joie de toute la famille, aux noms qu’ils donneraient à celui qui avait déposé l’argent et je regrettais de ne le pas avoir remis moi-même. Je pensais à ce que dirait Sergueï Mikhaïlovitch s’il apprenait cet acte, je me réjouissais de ce que personne ne le saurait jamais et une telle joie était en moi, tous les hommes, y compris moi-même, me semblaient si mauvais et je les regardais tous ainsi que moi, avec tant de tendresse, que la pensée de la mort me semblait un rêve de bonheur. Je souriais, priais, pleurais et à ce moment, j’aimais ardemment, passionnément toute l’humanité et moi-même.

Dans les intervalles des offices, je lisais les évangiles et je les comprenais de mieux en mieux, et l’histoire de cette vie divine me devenait plus touchante et plus simple, et la profondeur de sentiment et de pensée que je trouvais dans sa doctrine, plus terrible et plus impénétrable. Mais tout