Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/254

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gnant involontairement à chacune de mes pensées d’avenir. L’influence opprimante qu’avait sur moi sa présence disparut tout à fait de mon imagination. Je me sentais maintenant son égale et de la hauteur de l’état d’âme dans lequel je me trouvais, je le comprenais tout à fait.

Maintenant ce qui auparavant me semblait étrange, m’était clair. C’est seulement alors que je comprenais pourquoi il disait que le bonheur c’est de vivre pour un autre, et maintenant j’étais d’accord avec lui. Il me semblait qu’à deux nous serions infiniment tranquilles et heureux. Et je ne songeais ni au voyage à l’étranger, ni au monde, ni aux succès, mais à une vie calme, à la vie de famille à la campagne, avec l’éternel sacrifice de soi-même, l’éternel amour l’un de l’autre, la conscience éternelle de la Providence douce et secourable.

Comme je l’avais décidé, je communiai le jour de mon anniversaire. Quand je me rendis à l’église, mon cœur était si plein de bonheur que j’avais peur de la vie, je redoutais chaque impression, tout ce qui pouvait détruire ce bonheur. Mais dès que nous sortîmes du break sur le perron, le bruit d’un cabriolet que je connaissais résonna sur le pont et j’aperçus Sergueï Mikhaïlovitch. Il me félicita et nous entrâmes au salon. Jamais, depuis que je le connaissais, je ne l’avais vu si calme et si maître de lui que ce matin. Je sentis