Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/260

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s’aperçut qu’elle le trompait et qu’il la trompait… N’en parlons plus, — continua-t-il. On voyait qu’il n’avait pas la force de parler davantage, et en silence il se mit à marcher devant moi.

Il disait « n’en parlons plus » et moi je voyais que de toutes les forces de son âme, il attendait mes paroles. Je voulais parler, mais je ne le pouvais pas.

Quelque chose serrait mon cœur. Je le regardais ; il était pâle, sa lèvre inférieure tremblait. Je commençais à le plaindre. Je fis un effort et tout à coup, rompant de force le silence qui me liait, je me mis à parler d’une voix étouffée et je craignais qu’elle ne s’étranglât à chaque instant.

— Et le troisième dénouement ? — dis-je ; et je m’arrêtai.

Il se taisait. — Et le troisième dénouement, c’est qu’il ne l’aimait pas, qu’il lui fit mal, très mal, il croyait avoir raison ; il partit et encore il était fier de cet acte. C’est pour vous du badinage, mais pas pour moi. Dès le premier jour, le premier, je vous ai aimé, — répétai-je, et à ce mot « aimé » ma voix étouffée, malgré moi se transforma en un cri sauvage qui m’effraya moi-même.

Lui, pâle, était devant moi, sa lèvre tremblait de plus en plus ; deux larmes glissèrent sur ses joues.

— C’est mal ! — criai-je presque, en sentant que des larmes méchantes, retenues, m’étouffaient. —