Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/268

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— Oui, — dis-je.

— Pour moi qui ai passé la jeunesse, oui, mais pas pour vous, — continua-t-il. — Vous n’avez pas encore vécu ; peut-être voudrez-vous chercher le bonheur ailleurs, et peut-être le trouverez-vous. Il me semble maintenant que c’est le bonheur parce que vous m’aimez.

— Non, je ne désirerai et n’aimerai que cette douce vie de famille, dis-je, et vous n’exprimez que ce que je pensais moi-même.

Il sourit.

— Vous le croyez, mon amie. Mais pour vous c’est peu. Vous avez la jeunesse et la beauté, — répéta-t-il, pensif.

Mais je me fâchai parce qu’il ne me croyait pas et semblait me reprocher beauté et jeunesse.

— Alors, pourquoi donc m’aimez-vous ? — dis-je d’un ton irrité : — pour la jeunesse ou pour moi-même ?

— Je ne sais, mais je vous aime, — répondit-il en me regardant de son regard attentif et attirant.

Je ne répondis rien et malgré moi le regardai dans les yeux. Tout à coup, quelque chose d’étrange se fit en moi. D’abord je cessai de voir ce qui m’entourait, ensuite son visage disparut devant moi, seuls ses yeux semblaient briller en face des miens, ensuite pénétrer en moi, et tout se confondait, je ne voyais rien, j’étais forcée de fermer les