Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/27

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pas avec moi. Moi, je lui ai payé dix mille… alors il pourrait être plus réservé devant les étrangers.

— Assez, — dit le prince. — Est-ce la peine de se fâcher contre Fédotka ?

— Non, je ne le laisserai pas comme ça.

— Laisse, peut-on s’abaisser au point d’avoir une histoire avec Fédotka ?

— Mais il y avait des étrangers.

— Quoi, des étrangers ! Eh bien, veux-tu, à l’instant, je le forcerai à te demander pardon ?

— Non — dit-il.

Et il se mit à marmonner quelque chose en français, je ne comprenais déjà plus. Quoi ! le soir même ils ont soupé avec Fédotka et leur amitié continua.

Bon. Une fois il vint seul.

— Hein, — dit-il, est-ce que je joue bien ?

Notre affaire, on le sait, c’est de flatter chacun. On dit : bien. Et Dieu sait s’il joue bien ! il frappe fort, mais ne sait pas viser. Et depuis qu’il s’est lié avec Fédotka, il joue toujours de l’argent. Auparavant, il n’aimait pas le jeu intéressé, ni repas, ni champagne, rien. Il arrivait que le prince disait :

— Allons, une bouteille de champagne.

— Non, — disaiI-il, — j’ordonnerai plutôt de l’apporter sans ça : — Eh ! donne une bouteille !

Et maintenant il joue toujours à l’argent. Il passe toute la journée chez nous : ou il joue au billard avec quelqu’un, ou s’en va en haut. Je