Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/28

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pense : pourquoi ça va-t-il toujours aux autres, et pas à moi ?

— Quoi ! monsieur, — dis-je, — il y a longtemps que vous n’avez joué avec moi.

Et voilà, nous nous mîmes à jouer.

Quand je lui eus gagné dix fois cinquante kopecks je dis : — Monsieur, voulez-vous à quitte ?

Il se tut. Il ne m’a pas dit comme autrefois : imbécile. Et nous nous mîmes à jouer quitte et quitte et j’avais sur lui quatre-vingts roubles. Alors quoi ? Il se mit à jouer avec moi chaque jour. Il attendait le moment où il n’y avait personne, parce que, naturellement, il avait honte devant les autres de jouer avec le marqueur. Une fois il s’emporta pour quelque chose, et il avait déjà perdu soixante roubles.

— Veux-tu le tout ? dit-il.

— Ça va, — dis-je.

Je gagnai.

— Cent vingt contre cent vingt ?

— Ça va, — dis-je.

Je gagnai de nouveau.

— Deux cent quarante contre deux cent quarante ?

— N’est-ce pas beaucoup ? — dis-je.

Il se tut. Nous jouâmes. Je gagnai la partie.

— Quatre cent quatre-vingts contre quatre cent quatre-vingts ?

Je dis : « — Quoi, monsieur, vous gaspillez.