Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/275

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à-tête si près de lui. Je me tournai vers lui avec l’intention de lui dire quelque chose, mais les mots ne me venaient pas, comme si le sentiment tendre qui était en moi était remplacé par celui de l’offense et de la peur.

— Jusqu’à ce moment, je n’y croyais pas, — répondit-il tout bas à mon regard.

— Oui, mais je ne sais pourquoi, j’ai peur, — dis-je.

— Tu as peur de moi, mon amie ? — fit-il en prenant ma main et y appuyant sa tête.

Ma main restait inerte dans la sienne, mon cœur se glaçait.

— Oui, — murmurai-je.

Mais au même moment mon cœur se mit à battre plus fort, ma main trembla et serra sa main ; j’avais chaud, mes yeux, dans la demi-obscurité, cherchaient son regard et, soudain, je sentis que je n’avais plus peur de lui, que cette peur c’était l’amour nouveau, encore plus tendre et plus fort qu’auparavant. Je sentis que j’étais toute à lui et j’étais heureuse de son pouvoir sur moi.