Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/279

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ranger et ouvrit un livre. Mais il me sembla qu’il me regardait et je me retournai. Il sourit, je me mis à rire et ne pus continuer de prier.

— Ta prière est déjà faite ?

— Oui.

— Mais continue, je m’en irai.

— J’espère que tu pries ?

Il voulait s’en aller sans répondre, mais je l’arrêtai.

— Mon ami, je t’en prie, dis les prières avec moi.

Il se mit à côté de moi et, baissant gauchement les bras, le visage sérieux, en hésitant, il se mit à prier.

De temps en temps il se tournait vers moi et cherchait sur mon visage l’approbation et l’aide.

Quand il eut terminé, je ris et l’enlaçai.

— Toujours la même ! Comme si j’avais encore dix ans, — dit-il en rougissant et baisant mes mains.

Notre maison était une de ces vieilles maisons de campagne, où l’on respecte les traditions, où quelques générations vécurent l’une après l’autre et s’aimèrent. De tout se dégageaient des souvenirs de famille, bons, honnêtes, qui soudain, dès mon entrée dans cette maison, devinrent comme miens.

L’aménagement et l’ordre de la maison étaient tenus à l’ancienne mode par Tatiana Sémionovna.