Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/311

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tout à coup, dès que je cessai d’entendre ses pas, je m’effrayai de ce que nous avions fait. Il me devint terrible de penser que ces liens qui faisaient tout mon bonheur s’étaient rompus pour toujours et je voulus retourner. « Sera-t-il assez calme pour me comprendre quand je le regarderai en silence et lui tendrai la main ? — pensai-je. — Comprendra-t-il ma générosité ? Et s’il traite mon chagrin de comédie, ou s’il accepte mon repentir avec la conscience qu’il a raison, avec un dédain fier, et qu’il me pardonne ? Et pourquoi, pourquoi lui que j’aimais tant, m’a-t-il blessée si cruellement ? »

Je ne me rendis pas chez lui, mais dans ma chambre où longtemps je restai seule et pleurai en me rappelant avec horreur chaque parole de notre conversation. En remplaçant ces paroles par d’autres, en y ajoutant de nouvelles, de bonnes, et de nouveau, me rappelant avec horreur l’offense subie, quand, le soir je vins au thé, et rencontrai mon mari devant Sonia qui était chez nous ; je sentis qu’à partir d’aujourd’hui un abîme s’était ouvert entre nous. Sonia me demanda quand nous partirions, je ne pus lui répondre.

— Mardi, — répondit mon mari, — nous irons encore à la soirée chez la comtesse R. Tu y vas, n’est-ce pas ? — me fit-il.

Effrayée de ce ton naturel, je regardai timidement mon mari. Ses yeux me fixaient, droit, leur