Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/315

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III

Depuis ce jour, notre vie et nos relations changèrent complètement. Nous n’étions plus à l’aise en tête-à-tête comme auparavant. Nous évitions certaines questions, et il nous était plus facile de causer devant témoins que seuls.

Aussitôt que la conversation tournait sur la vie à la campagne et les bals, nous nous sentions gênés et nous regardions l’un l’autre avec peine, comme si tous deux nous sentions où était l’abîme qui nous séparait, comme si nous avions peur de l’approcher. J’étais convaincue qu’il était fier et violent, et qu’il fallait être plus prudente et ne pas toucher au point faible. Il était persuadé que je ne pouvais vivre sans le monde, que la campagne ne me plaisait pas et qu’il fallait accéder à ce goût malheureux, et tous deux nous évitions de causer directement sur ce sujet, tous deux nous nous jugions faussement l’un l’autre. Depuis longtemps