Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/323

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


partir en Russie, et de temps en temps, il venait me rejoindre.

Un jour Lady S… entraîna toute la société à la chasse et avec mon amie L.-M…, après le dîner, nous partîmes au château. Pendant qu’au pas nous allions en voiture sur la route qui serpentait à travers des marronniers séculaires, entre lesquels s’apercevaient au loin ces élégants et jolis environs de Bade, éclairés par les rayons du soleil couchant, nous nous mîmes à causer plus sérieusement que jamais. L.-M…, que je connaissais depuis longtemps, pour la première fois se présentait à moi comme une femme bonne, intelligente, avec qui l’on pouvait parler et qu’il était agréable d’avoir pour amie. Nous parlâmes de la famille, des enfants, du vide de la vie actuelle, et nous avions envie d’aller en Russie, à la campagne ; nous étions tristes et, en même temps, nous nous sentions bien. Encore sous l’influence de ce sentiment sérieux, nous entrâmes au château. L’intérieur était ombreux et frais, le soleil jouait en haut sur les ruines ; on entendait des pas et des voix. De l’entrée, on voyait comme dans un cadre le tableau charmant de Bade, mais très froid pour nous, Russes. Nous nous assîmes pour nous reposer et, en silence, nous regardâmes le soleil couchant. Les voix s’entendaient plus distinctement, et je crus distinguer mon nom. Je me mis à écouter et malgré moi je distinguais chaque mot. C’étaient des voix