Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/324

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connues ; c’étaient le marquis D… et un Français, son ami, que je connaissais aussi ; ils parlaient de moi et de Lady S… Le Français me comparait à elle et comparait la beauté de l’une et de l’autre. Il ne disait rien de blessant, mais le sang m’afflua au cœur quand j’entendis ses paroles. Il expliquait en détail ce qui était bien en moi et en Lady S… Moi, j’avais déjà un enfant et Lady S… n’avait que dix-neuf ans. J’avais une tresse plus grosse, mais la taille de Lady S… était plus gracieuse ; Lady S… était une grande dame, tandis que la vôtre, dit-il, comme ça, une de ces petites princesses russes qui commencent à se montrer souvent ici. Il conclut en disant que je ferais bien de ne pas essayer de lutter avec Lady S…, que j’étais finie à Bade.

— Je le plains si toutefois elle ne veut pas se consoler avec vous, — ajouta-t-il avec un rire gai et dur.

— Si elle part, je la suivrai, — prononça grossièrement la voix à l’accent italien.

— Heureux mortel ! il peut encore aimer, — se mit à dire le Français.

— Aimer ! — dit la voix, et elle se tut. — Je ne peux pas ne pas aimer ! Sans cela ce n’est pas vivre ! Faire un roman de la vie, il n’y a que cela de bon, et mon roman ne s’arrête jamais au milieu, et celui-ci, je le mènerai jusqu’au bout.

Bonne chance, mon ami ! — dit le Français.

Que dirent-ils encore, nous ne l’entendîmes pas, car ils disparurent au tournant. Leurs pas se