Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/341

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


espérer de bonnes nuits !… Mais alors tout était l’avenir et maintenant tout est le passé ; maintenant ce qu’il y a suffit et je me sens bien, — conclut-il avec une négligence si assurée que malgré toute la peine que j’avais à l’entendre, je crus qu’il disait vrai.

— Et tu ne désires rien, demandai-je ?

— Rien d’impossible — répondit-il en devinant ce que je pensais. — Voilà, tu te mouilles la tête, — ajouta-t-il en me caressant comme on caresse un enfant et passant encore une fois sa main dans mes cheveux. — Toi, tu envies les feuilles, les herbes parce que la pluie les mouille, tu voudrais être l’herbe, la feuille et la pluie. Et moi, je me réjouis en observant tout ce qui au monde est beau, jeune et heureux.

— Et tu ne regrettes rien du passé ? — demandai-je encore, en sentant un poids de plus en plus lourd sur le cœur.

Il devint pensif et de nouveau se tut. Je vis qu’il voulait répondre tout à fait franchement.

— Non, répondit-il.

— Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! — dis-je en me tournant vers lui et en le regardant dans les yeux. — Tu ne regrettes pas le passé ?

— Non ! répéta-t-il encore une fois. Je suis très reconnaissant du passé, mais ne le regrette pas.

— Mais ne voudrais-tu pas le retrouver ?