Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/50

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ser ? — cria-t-il à un postillon de derrière. Mais celui ci se contenta de stimuler les chevaux et ne lui répondit pas.

Le son des clochettes, dès que la poste nous dépassa, fut bientôt éteint par le vent.

Mon postillon avait honte, probablement.

— Si nous repartions, seigneur, — me dit-il. — Les gens ont passé et maintenant leur trace est toute fraîche.

Je consentis. Nous tournâmes de nouveau contre le vent et le traîneau s’avança dans les neiges profondes. Je regardais de côté sur la route pour ne pas perdre la trace faite par les traîneaux. Pendant deux verstes [1] on vit clairement la trace, puis on ne remarqua plus qu’une petite saillie sous les patins, et bientôt, il m’était impossible de distinguer s’il s’agissait d’une trace ou d’une simple couche de neige amoncelée.

Les yeux se fatiguaient à regarder la fuite monotone de la neige sous les patins et je me mis à regarder tout droit devant moi. Nous aperçûmes encore le troisième poteau de la route, mais impossible de trouver le quatrième. Comme auparavant, nous marchions contre le vent et, selon le vent, à droite et à gauche, et enfin nous en arrivâmes à ce point, que le postillon disait que nous étions égarés à droite, et que moi je soutenais que c’était

  1. Une verste vaut 1 kilom. 067.