Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/57

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Cependant ce pouvait être une illusion des sens, ainsi il nous semblait parfois que la troïka de devant montait une pente ou la descendait, alors que la steppe était plane.

En marchant encore quelque temps, j’aperçus, à ce qu’il me sembla, loin sur l’horizon, une ligne noire, longue, qui avançait.

Mais au bout d’un moment je vis clairement que c’était ce même convoi que nous avions dépassé. La neige remplissait de même les roues grinçantes, dont quelques-unes déjà ne tournaient plus. De même tous les hommes dormaient sous les bâches, et de même le cheval bai de devant, les naseaux dilatés, flairait la route et dressait les oreilles.

— Voilà, nous avons tourné, tourné et nous sommes revenus au même convoi, — dit mon postillon d’un ton mécontent. — Les chevaux des courriers sont bons, c’est ça, c’est lui qui les mène comme un imbécile, et les nôtres s’arrêteront tout à fait si nous marchons ainsi toute la nuit.

Il grommela.

— Fuyons le malheur, seigneur.

— Pourquoi ? Nous arriverons quelque part…

— Où arriver ? Nous dormirons déjà dans la steppe. Quelle tourmente… Dieu Seigneur !

Bien que je fusse étonné que le postillon de devant, qui évidemment avait perdu la route et la direction, ne cherchât pas la route et, en criant