Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


deux doigts de neige, et de là, un bonnet se montra pour un moment quand nos clochettes tintèrent près du convoi.

Un grand cheval bai, en tendant le cou et le dos, marchait d’un pas égal sur la route couverte de neige.

D’un mouvement monotone il balançait sa crinière sous l’arc blanchi et dressa une oreille pleine de neige quand nous fûmes à côté de lui.

Après une demi-heure de marche, le postillon s’adressa de nouveau à moi :

— Eh quoi ? Qu’en pensez-vous, seigneur, marchons-nous du bon côté ?

— Je ne sais pas, — répondis-je.

— Tout à l’heure le vent était très fort et maintenant nous avons le beau temps. Non, nous n’allons pas où il faut, nous nous égarons aussi, — conclut-il tout tranquillement.

Évidemment, bien qu’il fût très poltron, — en compagnie la mort est belle — il s’était tout à fait rassuré depuis que nous étions nombreux et qu’il n’était plus le guide responsable.

Avec un sang-froid admirable, il faisait des observations sur les fautes des postillons de devant, comme si elles ne pouvaient l’intéresser en rien. En effet je remarquais que parfois la troïka de devant se mettait de profil par rapport à nous, tantôt à gauche, tantôt à droite. Il me semblait même que nous tournions dans un espace très restreint.