Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/59

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IV

La tourmente grandissait ; une neige sèche et fine tombait ; la gelée semblait commencer. Le nez et les joues piquaient plus fort, un courant d’air froid se glissait plus souvent sous la pelisse et il fallait s’envelopper. De temps en temps, les traîneaux se heurtaient contre les pierres nues, toutes gelées, d’où la neige était balayée. Comme j’avais déjà fait six cents verstes sans me reposer une nuit, bien que l’issue de notre aventure m’intéressât beaucoup, malgré moi je fermai les yeux et commençai à m’assoupir.

Une fois, quand j’ouvris les yeux, je fus frappé, comme il me sembla au premier moment, de la lumière vive qui éclairait la plaine blanche : l’horizon était beaucoup plus large, le ciel noir, bas, tout à coup disparaissait, de tous côtés on voyait les lignes blanches, obliques de la neige tombante, les troïkas qui étaient en avant s’apercevaient plus nettement,