Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/60

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et quand je soulevai mes regards, il me sembla tout d’abord que les nuages s’étaient dispersés et que seule la neige tombait, couvrait le ciel.

Pendant que j’étais assoupi, la lune montait et jetait à travers les nuages peu épais et la neige tombante sa lumière froide et claire. Les seules choses que je distinguais bien, c’était mon traîneau, mes chevaux, le postillon et les trois troïkas qui étaient en avant : la première, celle du courrier où, toujours dans la même posture, le postillon était assis sur le siège et conduisait au grand trot ; la deuxième, où, abandonnant les guides et d’une armiak [1] se faisant un toit, deux postillons étaient assis et ne cessaient de fumer la pipe, ce dont on pouvait juger par les étincelles qui venaient de là ; et la troisième où l’on ne voyait personne, et qui laissait à supposer que le postillon dormait à l’intérieur. Toutefois, quand je fus éveillé, le postillon de devant commençait à arrêter les chevaux de temps en temps et à chercher la route.

Alors, dès que nous nous arrêtions, s’entendait davantage le hurlement du vent et encore plus visible une énorme masse de neige tourbillonnait devant nous. Au clair de lune je voyais, comment, enveloppé par la tourmente, le petit postillon, le fouet à la main, avec lequel il tâtait la neige devant lui, se mouvait en avant et en arrière dans le brouillard clair, de nouveau s’approchait du traî-

  1. Sorte de limousine.