Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/69

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haut, en haut ! Passe dans la porte. Voilà, comme ça.

— Permettez, Féodor Philippitch ! nous nous arrangerons seuls, objecte timidement le jardinier serré contre la rampe, tout rouge d’attention, et soutenant d’un suprême effort le coin du piano.

Mais Féodor Philippitch ne s’arrête pas.

« Et qu’est-ce que c’est ? pensé-je, se croit-il utile, nécessaire à une œuvre commune, ou tout simplement est-il content que Dieu lui ait donné cette loquacité rassurante, convaincante, pour la dépenser à plaisir. C’est probablement ça. » Et je vois, je ne sais pourquoi, l’étang, les domestiques fatigués qui, dans l’eau jusqu’aux genoux, tirent le filet, et de nouveau Féodor Philippitch, avec un arrosoir, criant après tout le monde. Il court sur le bord et parfois seulement s’approche de l’eau pour retenir avec les mains les carassins dorés, vider l’eau troublée et prendre de l’eau fraîche. Mais c’est midi, en juillet. Sur l’herbe du jardin récemment coupée, je marche quelque part sous les rayons droits et brûlants du soleil. Je suis encore très jeune ; quelque chose me manque et je veux quelque chose ; je me dirige vers l’étang, à l’endroit que je préfère, entre le massif d’églantiers et l’allée de bouleaux, et je m’allonge pour dormir. Je me rappelle avec quel sentiment, une fois couché, je regarde à travers les tiges rouges, épineuses des églantiers la terre noire et sèche et le miroir transparent bleu clair de l’étang. C’est un sentiment