Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/70

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de satisfaction naïve et de tristesse. Autour de moi tout est si beau, et cette beauté agit si fortement sur moi, qu’il me semble être bon moi-même, et je suis seulement dépité de n’étonner personne. Il fait chaud. J’essaye de m’endormir pour me consoler, mais les insupportables moucherons ne me donnent pas de repos, ils se mettent après moi et, avec persévérance, comme de petits osselets, sautent du front aux mains. L’abeille bourdonne non loin de moi, en plein soleil ; les papillons aux ailes jaunes, semblant fanées, voltigent d’herbe en herbe. Je regarde en haut, ça fait mal aux yeux. Le soleil brille trop à travers le feuillage clair des bouleaux branchus dont les sommets se balancent doucement au-dessus de moi, et il semble encore plus chaud. Je couvre mon visage d’un mouchoir ; il devient étouffant, et les moucherons se collent aux mains en sueur. Des moineaux s’agitent dans les églantiers. L’un d’eux saute sur le sol à une archine de moi, feint par deux fois de picoter énergiquement la terre et, en visant une branche, s’envole avec un grand cri joyeux. Un autre saute aussi à terre, agite sa petite queue, se retourne et aussi, comme une flèche, en pépiant, s’envole derrière le premier. Sur l’étang, on entend les coups des battoirs qui frappent le linge mouillé et ces coups éclatent et se perdent en bas le long de l’étang. On entend les rires, les conversations et le clapotis des baigneurs. Le vent bruit