Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/90

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pendent sur la neige, mais le petit vieux court après moi en agitant les coudes. Le petit vieux est déjà près, mais devant moi j’entends sonner deux cloches et je sais que je suis sauvé si je les atteins. Les cloches tintent de plus en plus distinctement, mais le petit vieux m’a rattrapé, il tombe le ventre sur mon visage de sorte que j’entends à peine les cloches. J’attrape de nouveau sa main, et commence à la baiser, mais le petit vieux s’est transformé, c’est maintenant le noyé… et il crie : « Ignachka ! Attends ! voilà les meules d’Akhinecka, il me semble. Va donc regarder ! » C’est déjà trop terrible. Non ! mieux vaut s’éveiller…

J’ouvre les yeux, le vent m’a jeté sur le visage le pan du manteau d’Aliochka, mon genou est découvert, nous marchons sur la croûte nue et la tierce des clochettes sonne très distinctement dans l’air avec sa quinte tremblante.

Je regarde du côté où doivent se trouver les meules, mais au lieu des meules, je vois une maison à balcon, les murs crénelés d’un donjon. Je m’intéresse peu à examiner cette maison et ce donjon, je voudrais surtout voir de nouveau le corridor blanc par où je courrais en entendant le son des cloches de l’église, et baiser la main du vieillard… Je refermai les yeux et m’endormis de nouveau.