Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



IX

Je dormais profondément mais sans cesser d’entendre la tierce des clochettes, et dans le rêve, elle se présentait tantôt comme un chien qui aboie et se jette sur moi, tantôt comme un orgue dont je suis un des tuyaux, tantôt comme des vers français que je compose.

Tantôt je me figurais cette tierce comme un instrument de torture avec quoi on serrait sans répit la plante de mon pied droit. C’était si douloureux que je m’éveillai, et aussitôt les yeux ouverts, je frottai ma jambe. Elle commençait à geler. La nuit était la même, éclairée d’un brouillard blanc ; le même Ignachka était assis de côté et frappait des pieds ; le même bricolier, qui le cou tendu, soulevait peu les pattes, trottait dans la neige épaisse, et la houppe sautillait sur l’avaloir et frappait le ventre du cheval.

La tête du cheval du milieu, avec sa crinière flottante, se balançait en mesure en tendant et