Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/134

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— Eh bien ! mon amie, quoi ? — demanda la comtesse.

— Ah ! comme il est malade ! On ne peut le reconnaître. Il est si mal, si mal. Je n’y suis restée qu’un moment et je n’ai pas même dit deux mots…

Annette, au nom de Dieu, ne me refuse pas, — fit tout à coup la comtesse en rougissant, ce qui était si étrange sur son visage déjà plus jeune, maigre, et imposant, et en tirant l’argent de dessous le mouchoir.

Aussitôt Anna Mikhaïlovna comprit de quoi il s’agissait, et déjà se baissait, afin de pouvoir, au moment propice, embrasser la comtesse.

— C’est pour Boris, de ma part, pour l’uniforme…

Anna Mikhaïlovna l’embrassait et pleurait ; la comtesse pleurait aussi. Elles pleuraient d’être si amies, d’être si bonnes, d’être obligées, elles, des amies d’enfances, de s’occuper d’un sujet si bas que l’argent, elles pleuraient leur jeunesse passée… Mais à toutes deux, les larmes étaient agréables…