Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/149

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— Je dis la vérité, — répondit le hussard en souriant.

— Toujours sur la guerre, cria le comte à travers la table. Mon fils va à la guerre, Maria Dmitrievna. Il y va.

— Et moi j’ai quatre fils à l’armée et je ne m’apitoie pas. En tout c’est la volonté de Dieu. On peut mourir couché sur le poêle et Dieu peut vous sauver dans la bataille — résonna sans aucun effort de l’autre bout de la table, la voix grave de Maria Dmitrievna.

— Parfaitement.

Et les conversations se concentrèrent de nouveau : les dames à un bout de la table, les messieurs à l’autre.

— Et voilà, tu ne demanderas pas, tu ne demanderas pas, — dit à Natacha son petit frère.

— Non, je demanderai, — répondit Natacha.

Son visage s’enflamma d’un coup, exprimant la résolution ferme et gaie. Elle se leva, d’un regard fit signe à Pierre, qui était assis en face d’elle, d’écouter, et s’adressant à sa mère :

— Maman ! — Sa voix d’enfant résonnait par toute la table.

— Qu’as-tu ? — demanda la comtesse avec effroi. Mais en voyant au visage de sa fille qu’il s’agissait d’une gaminerie, elle agita sévèrement la main avec un geste de la tête, menaçant et réprobateur.

La conversation s’arrêta.