Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/148

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


colas, qui, en entendant parler de la guerre, négligeait son interlocutrice, et tout yeux et tout oreilles, écoutait le colonel.

— Je suis tout à fait d’accord avec vous, — répondit Nicolas, tout enflammé, en remuant son assiette et déplaçant ses verres d’un air décisif et désespéré comme si en ce moment il courait le plus grand danger. Je suis convaincu que les Russes doivent mourir ou vaincre, dit-il en sentant lui-même comme les autres, après que le mot eût été prononcé, qu’il était trop enthousiaste et trop emballé pour le cas présent, et partant un peu gauche.

C’est bien beau ce que vous venez de dire, — dit en soupirant Julie qui était assise près de lui. Sonia trembla toute, rougit jusqu’aux oreilles et des oreilles au cou, pendant que Nicolas parlait. Pierre écoutait les paroles du colonel et agitait la tête en signe d’approbation.

— Voilà, ça, c’est beau, — dit-il.

— Un vrai hussard, ce jeune homme ! — cria le colonel en frappant de nouveau sur la table.

— Pourquoi faites-vous tant de bruit ? — fit tout à coup, derrière la table, la voix grave de Maria Dmitrievna. — Pourquoi frappes-tu sur la table, — demanda-t-elle au hussard. — Contre qui t’emportes-tu ? Tu penses sans doute que les Français sont devant toi ?