Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/168

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suite de son discours, mais on voyait qu’elle ne romprait pas le silence par une question, dût-elle se taire jusqu’au matin.

— Voyez-vous, chère princesse et cousine Katerina Semenovna, — continua le prince Vassili, — dans des moments comme celui-ci, il faut penser à tout. Il faut penser à l’avenir, à vous… Je vous aime tous comme mes enfants, tu le sais.

La princesse le regardait avec la même fixité et la même indifférence.

— Enfin, je dois aussi penser à ma famille, — continua le prince Vassili en repoussant la petite table avec colère et sans regarder : — Tu sais, Katiche, que vous, les trois sœurs Mamontov et ma femme, êtes les héritières directes du comte. Je sais, je sais qu’il t’est pénible de penser à ces choses et d’en parler, et pour moi ce n’est pas facile non plus. Mais, mon amie, j’arrive à soixante ans, il faut être prêt à tout. Tu sais que j’ai envoyé chercher Pierre, que le comte en montrant son portrait l’a demandé ?

Le prince Vassili regarda interrogativement la princesse, mais ne put comprendre si elle savait ce qu’il venait de lui dire, ou si elle le regardait tout simplement…

— Je ne cesse de prier Dieu pour une chose, mon cousin : qu’il l’absolve et permette à sa belle âme de quitter tranquillement cette…

— Oui, c’est cela, — continua, impatient, le