Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/17

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bienfaiteur connaît sa haute destinée et il lui sera fidèle. Voilà, c’est la seule chose en quoi j’ai foi. À notre bon et admirable empereur, revient le plus grand rôle au monde, et il est si vertueux et si bon que Dieu ne l’abandonnera pas et qu’il remplira sa destinée : il écrasera l’hydre de la révolte, qui maintenant est encore terrible dans la personne de cet assassin, de ce malfaiteur. Nous seuls devons racheter le sang du juste… Sur qui pouvons-nous compter, je vous le demande ? L’Angleterre avec son esprit commercial ne comprendra pas et ne pourra pas comprendre toute l’élévation d’âme d’Alexandre. Elle a refusé d’évacuer Malte. Elle veut voir, elle cherche partout l’arrière-pensée de nos actes. Qu’ont-ils dit à Novosilzoff ? Rien. Ils n’ont pas compris, ils ne peuvent comprendre le sacrifice de notre empereur qui ne veut rien pour lui et veut tout pour le bien du monde. Et qu’ont-ils promis ? Rien. Et même ils ne tiendront pas ce qu’ils ont promis ! La Prusse a déjà déclaré que Bonaparte est invincible et que toute l’Europe ne peut rien faire contre lui… Et je ne crois pas une seule parole ni d’Hardenberg, ni de Haugwitz. Cette fameuse neutralité prussienne, ce n’est qu’un piège. Je ne crois qu’en Dieu seul et en la haute destinée de notre charmant Empereur. Il sauvera l’Europe !… — Elle s’arrêta d’un coup avec un sourire moqueur pour sa propre ardeur.

— Je pense — dit le prince en souriant — que