Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/16

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Ne me tourmentez pas. Eh bien ! Qu’a-t-on décidé par rapport à la dépêche de Novosilzoff ? Vous savez tout.

— Comment vous dire ? — répondit le prince d’un ton froid, ennuyé. — Qu’a-t-on décidé ? On a décidé que Buonaparte a brûlé ses vaisseaux, et je crois que nous sommes en train de brûler les nôtres.

Le prince Vassili parlait toujours paresseusement, comme un acteur qui récite le rôle d’une vieille pièce. Anna Pavlovna Schérer, au contraire, malgré ses quarante ans, était pleine d’animation et d’enthousiasme.

Être enthousiaste était devenu sa position sociale, et parfois, même quand elle ne le voulait pas, pour ne pas tromper l’attente de ceux qui la connaissaient, elle devenait enthousiaste. Le sourire contenu qui était toujours sur le visage d’Anna Pavlovna, bien que ne s’harmonisant pas avec ses traits fanés, exprimait, comme chez les enfants gâtés, la conscience absolue de son charmant défaut, dont elle ne voulait pas, ne pouvait pas, et ne trouvait pas nécessaire de se corriger.

Au milieu d’une conversation sur la politique, Anna Pavlovna s’échauffait.

— Ah ! ne me parlez pas de l’Autriche ! Je ne comprends peut-être rien, mais l’Autriche ne voulut jamais la guerre, et ne la veut pas. Elle nous trahit. La Russie seule doit sauver l’Europe. Notre