Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/188

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parmi lesquels dominèrent ceux d’Anna Mikhaïlovna. Pierre entendit qu’elle disait :

— Il faut absolument transporter le lit ici, ce ne sera pas possible…

Les médecins, les princesses, les domestiques, entouraient si bien le malade que Pierre ne voyait déjà plus cette tête jaune-rougeâtre à la crinière grise, qui, malgré la vue des assistants, ne lui sortait pas pour un moment de l’esprit, pendant toute la cérémonie. Pierre devina, aux mouvements prudents des personnes qui entouraient le fauteuil, qu’on soulevait et transportait le mourant.

— Tiens ma main, comme ça tu le laisseras tomber, — venait jusqu’à lui le chuchotement effrayé d’un domestique, — en bas… encore un… continuaient les voix. Et les soupirs oppressés, et les piétinements devenaient plus précipités, comme si le fardeau qu’ils portaient était trop lourd pour leurs forces.

Anna Mikhaïlovna était aussi avec les porteurs ; mais près du jeune homme, pour un moment, entre les dos et les cous des hommes, se montrèrent la haute et forte poitrine nue, les larges épaules du malade soulevé par les hommes qui le tenaient sous les bras, et la tête léonine, grise, bouclée. Cette tête au front extraordinairement large et musclé, avec la bouche belle, sensuelle, le regard majestueux, froid, n’était pas enlaidie par l’approche de la mort. Elle était telle que Pierre l’avait vue trois