Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/220

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qu’elle en parlerait après. La princesse Marie, toujours silencieuse, regardait son frère, et ses beaux yeux étaient pleins d’amour et de tristesse. On voyait qu’en elle ses idées se concentraient, indépendantes des idées de sa belle-sœur. Au milieu d’un récit sur les dernières fêtes de Pétersbourg, elle s’adressa à son frère :

— Et tu vas partir à la guerre, André ? — dit-elle en soupirant.

Lise tressaillit aussi.

— Demain, même, — répondit le frère.

Il m’abandonne ici et Dieu sait pourquoi, quand il aurait pu avoir de l’avancement… — La princesse Marie, sans écouter, suivant le fil de ses pensées, s’adressait à sa belle-sœur en regardant tendrement sa taille.

— C’est sûr ? — demanda-t-elle.

Le visage de la princesse se changea. Elle soupira. — Oui, sûr, — dit-elle. Ah ! c’est vraiment terrible.

La petite lèvre de Lise tremblait. Elle approcha son visage de celui de sa belle-sœur et de nouveau se mit à pleurer.

— Elle a besoin de se reposer — dit le prince André en fronçant les sourcils. — N’est-ce pas, Lise ? Emmène-la chez toi, et moi, j’irai chez notre père. Eh bien ! Il est toujours le même ?

— Le même. Je ne sais comment tu le trouveras, répondit en riant la princesse.