Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/222

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oui, prends-le bien, autrement nous serons bientôt ses sujets. Bonjour. — Et il lui tendit la main.

Le vieux était de bonne humeur après son sommeil d’avant le dîner. (Il disait que le sommeil après le dîner c’est de l’argent et avant le dîner de l’or.) De dessous ses épais sourcils tombants, il regarda joyeusement son fils.

Le prince André s’approcha et embrassa son père à l’endroit qu’il lui indiqua. Il ne répondit pas au sujet de conversation favori du père : la raillerie sur les militaires d’aujourd’hui et surtout sur Bonaparte.

— Oui, père, je suis arrivé chez vous avec ma femme enceinte, — dit le prince André en suivant d’un regard animé et respectueux les mouvements de chaque trait du visage de son père. — Comment allez-vous ?

— Mon cher, seuls les sots et les dépravés se portent mal, et tu me connais, du matin au soir je m’occupe modérément, et alors je me porte bien.

— Dieu soit loué ! — dit le fils en souriant.

— Dieu n’est pour rien ici. Et retournant à son dada : — Eh bien ! Raconte comment les Allemands nous ont appris à combattre Bonaparte selon votre nouvelle science qu’on appelle stratégie.

Le prince André sourit.

— Permettez, père, laissez-moi me ressaisir, fit-il avec un sourire qui montrait que le faible de son père ne l’empêchait pas de le respecter et de l’ai-