Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/235

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— Où est Lise ? demanda-t-il, répondant par un sourire à sa question.

— Elle est si fatiguée qu’elle s’est endormie dans ma chambre, sur le divan. Ah ! André ! quel trésor de femme vous avez, dit-elle en s’asseyant sur le divan, en face de son frère. C’est une véritable enfant, une enfant charmante, gaie, je l’aime tant. Le prince André se tut, mais la princesse remarqua l’expression ironique et méprisante qui se montra sur son visage.

— Mais il faut être indulgent aux petites faiblesses. Qui n’en a pas, André ! N’oublie pas quelle a été élevée dans le monde, et qu’ensuite, sa situation, maintenant, n’est pas rose. Il faut se mettre à la place de chacun. Tout comprendre, c’est tout pardonner. Pense comme c’est triste pour elle, la pauvre, après la vie à laquelle elle est habituée, de se séparer de son mari et de rester seule à la campagne, dans sa situation ? C’est très pénible.

En regardant sa sœur, le prince André sourit comme on sourit en regardant les personnes que nous croyons connaître à fond.

— Tu vis à la campagne et tu ne trouves pas cela terrible, — dit-il.

— Moi, c’est une autre affaire. Pourquoi parler de moi ? Je ne désire pas d’autre vie et n’en puis désirer une autre, puisque je n’en connais pas d’autre. Mais, pense, André, pour une femme jeune et mondaine s’ensevelir à la campagne, aux