Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/236

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


meilleures années de la vie, seule, car papa est toujours occupé et moi… tu me connais… je suis pauvre en ressources pour une femme habituée à la meilleure société. Mademoiselle Bourienne, seule…

— Elle me déplaît beaucoup, votre Bourienne, — dit le prince André.

— Oh non, elle est très bonne et très charmante, et puis c’est une personne si malheureuse. Elle n’a personne, personne. À vrai dire, non seulement elle ne m’est pas nécessaire, mais elle me gêne plutôt. Moi, tu sais, j’ai toujours été sauvage, et maintenant j’aime encore plus la solitude… Mon père l’aime beaucoup… Elle et Mikhaïl Ivanovitch sont les deux personnes envers qui il est toujours doux et bon, parce que toutes deux sont ses obligées. Comme dit Stern : « Nous aimons les hommes plus par le bien que nous leur faisons que par celui qu’ils nous font. » Mon père l’a prise orpheline, sur le pavé, et elle est très bonne. Et mon père aime sa lecture. Le soir, elle lit à haute voix ; elle lit très bien.

— Eh bien, à vrai dire, Marie, je pense que parfois, le caractère du père t’est pénible — demanda tout à coup le prince André. La princesse Marie, s’étonna d’abord, puis s’effraya de cette question.

— À moi ? À moi ? À moi, pénible ? — dit-elle.

— Il fut toujours raide et maintenant il devient