Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/267

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— Qu’on s’arrête au moins. Sans quoi, nous marcherons encore cinq verstes sans manger.

— Ah ! ce serait bien, si les Allemands nous donnaient leur calèche. En voiture c’est chouette !

— Eh ! mon frère, les gens ici sont des va-nu-pieds. Ils te font l’effet des Polonais, mais ceux-ci étaient encore des sujets de la couronne russe, et maintenant, il n’y a plus que des Allemands.

— Les chanteurs, en avant ! cria le capitaine. Et de divers rangs sortirent vingt hommes qui vinrent se mettre en avant. Le tambour, le chef choriste se tourna du côté des chanteurs ; de la main il fit un signe et entonna la lente chanson des soldats :

N’est-ce pas le soleil qui se lève,

et qui se termine ainsi :

Ah ! quelle gloire nous aurons
Avec le père Kamenskï.

Cette chanson, qui avait été composée en Turquie, se chantait maintenant en Autriche avec ce changement qu’au lieu de père Kamenskï, les soldats disaient père Koutouzov.

En enlevant ces dernières paroles, avec le geste de jeter à terre quelque chose, le tambour, un soldat élancé et beau, d’une quarantaine d’années, regarda sévèrement les chanteurs,