Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/276

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— Mais vous connaissez, Votre Excellence, la sage règle qui prescrit de supposer le pire, — dit le général autrichien, qui, visiblement, désirait mettre fin à la plaisanterie et terminer cette affaire sérieuse. Involontairement, il se tourna vers l’aide de camp.

— Excusez, général, — l’interrompit Koutouzov, et se tournant aussi vers le prince André : — Voilà, mon cher, prends chez Kozlovskï tous les rapports de nos espions. Voici deux lettres de la part du comte Nostitz ; voici les lettres de l’archiduc Ferdinand ; et voici encore, — dit-il en lui donnant quelques papiers, — et de tout cela, fais proprement, en langue française, un mémorandum de toutes les nouvelles que nous avons concernant les actes de l’armée autrichienne. Et tu présenteras tout cela à Son Excellence.

Le prince André inclina la tête, en montrant par ce signe que dès les premières paroles, non seulement il avait compris ce qui était dit, mais ce que Koutouzov désirait lui dire. Il prit les papiers, salua, et, marchant doucement sur le tapis, il sortit du salon de réception.

Bien que le prince André eût quitté la Russie depuis peu, il avait beaucoup changé. Dans l’expression du visage, dans les mouvements, l’allure, on ne remarquait presque plus la feinte de fatigue et d’indolence d’autrefois. Il avait l’air d’un homme qui n’a pas le temps de penser à l’effet