Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/285

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un moment sur l’étrier comme s’il ne voulait pas se séparer de son cheval. Enfin il sauta à terre, et appela le planton.

— Eh ! Bondarenko, mon ami ! — dit-il à un hussard qui se précipitait vers son cheval. — Promène-le, — prononça-t-il avec cette douceur fraternelle, joyeuse, que les jeunes gens emploient avec tous quand ils sont heureux.

— J’obéis, Votre Excellence, — répondit le Petit-Russien en secouant gaîment la tête.

— Fais attention, promène-le bien !

Un autre hussard s’empressait aussi près du cheval, mais Bondarenko avait déjà saisi la bride. Il était évident que le junker donnait de bons pourboires et que son service rapportait. Rostov caressa la crinière de son cheval, puis la croupe et s’arrêta sur le perron. « Mais ! ce sera un bon cheval, » — se dit-il ; et en souriant, il arrangea son sabre et gravit les marches en faisant sonner ses éperons. Le propriétaire allemand, en gilet de flanelle et coiffé d’un bonnet, tenant la fourche avec laquelle il chargeait le fumier, regardait de l’étable. Le visage de l’Allemand s’éclaira tout à coup en voyant Rostov. Il eut un sourire jovial et lui cligna des yeux : « Schön, gut Morgen ! Schön, gut Morgen ! [1] » répéta-t-il visiblement heureux de la présence du jeune homme.

  1. Bonjour, bonjour !