Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/317

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Ayant dégagé la route, Denissov s’arrêta à l’entrée du pont. Retenant négligemment l’étalon impatient qui piaffait, il regardait l’escadron qui venait à sa rencontre. Les sons métalliques des sabots résonnèrent sur les planches du pont, comme si quelques chevaux couraient au galop, et l’escadron, les officiers en tête et quatre hommes de front, s’allongea sur le pont et commença à sortir de l’autre côté.

Les fantassins qui, arrêtés près du pont, se pressaient dans la boue pataugée, observaient les hussards propres, élégants qui passaient gracieusement devant eux, avec ce sentiment malveillant d’envie et de moquerie qui se manifeste toujours entre les différents corps d’armée quand ils se rencontrent.

— Ils sont très chics les garçons ! Tout prêts pour la promenade de Podnovinskoïé !

— Eh ! que peut-on attendre d’eux ! C’est pour le décor qu’on les garde ! — dit un autre.

— L’infanterie ne fait pas de poussière ! — plaisantait un hussard dont le cheval lançait de la boue sur les fantassins.

— Je te ferais faire deux marches sac au dos, alors tes brandebourgs s’useraient, — répliqua le fantassin en essuyant de la manche la boue de son visage ! Regardez, il n’est pas comme un homme, mais comme un oiseau.

— Voilà, Zikine, si l’on te mettait sur un che-