Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/321

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ainsi, en tout cas, il le sent en vue de l’ennemi et cette sensation donne un éclat particulier et une rudesse joyeuse d’impression à tout ce qui se passe en ce moment.

Sur la colline, la fumée d’un canon ennemi se montra, et un obus passa en sifflant au-dessus de l’escadron des hussards. Les officiers qui étaient groupés se dispersèrent à leurs postes. Les hussards commençaient à préparer soigneusement les chevaux. Dans l’escadron tout devenait silencieux. Tous regardaient en avant l’ennemi et le commandant de l’escadron, attendant les ordres. Un deuxième obus, un troisième obus passèrent. Évidemment l’on tirait sur les hussards. Mais l’obus en sifflant, avec une vitesse régulière passait aux dessus des têtes des hussards et tombait quelque part derrière eux. Les hussards ne se retournaient pas, mais à chaque sifflement de l’obus, comme à un commandement, tous les hommes de l’escadron, avec leurs physionomies monotonément diverses, retenaient leur souffle et tandis que l’obus volait, ils se levaient sur les étriers puis se baissaient. Les soldats, sans tourner la tête, se regardaient de côté, curieux de voir l’impression produite sur le camarade. En chaque hussard, depuis Denissov jusqu’au trompette, se montrait près des lèvres et du menton le trait commun de la lutte, de l’énervement et de l’émotion. Le maréchal des logis fronçait les sourcils en regardant les soldats comme s’il