Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/34

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que, malgré cette ressemblance, il était horriblement laid. Les traits étaient les mêmes que chez sa sœur, mais chez celle-ci tout était éclairé par un sourire joyeux, satisfait, jeune, immuable, vivant, et par la beauté remarquable, antique, du corps. Chez le frère, au contraire, le même visage était obscurci par l’idiotie, exprimait toujours l’humeur grondeuse, et le corps était maigre et chétif. Les yeux, le nez, la bouche, tout semblait contracté par une grimace vague et ennuyeuse, et les bras et les jambes n’étaient jamais dans leur position naturelle. — Ce n’est pas une histoire de revenants ? dit-il en s’asseyant près de la princesse et portant vivement à ses yeux son face-à-main, comme s’il ne pouvait commencer à parler sans cet instrument.

Mais non, mon cher, — fit le narrateur étonné, en haussant les épaules.

C’est que je déteste les histoires de revenants, — dit-il sur un tel ton qu’on voyait qu’il prononçait des mots et n’en comprenait le sens qu’ensuite.

À cause de la hardiesse avec laquelle il parlait, personne ne pouvait comprendre si ce qu’il disait était très spirituel ou très bête. Il était en habit vert foncé, en pantalon couleur cuisse de nymphe effrayée, comme il disait lui-même, en bas de soie et en souliers à boucles. Le Vicomte raconta très joliment l’anecdote qui courait alors : le duc d’Enghien venant à Paris, en cachette, pour des