Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/345

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fût son travail, il le faisait également bien. Il ne s’intéressait pas à la question : « Pourquoi ? » mais à la question : « Comment ? » De quoi s’agissait-il, ça lui était tout à fait égal, mais il rédigeait vite et avec finesse et élégance une circulaire ou un mémorandum, ou un rapport, et y trouvait un grand plaisir. Outre son habileté à rédiger, on appréciait encore chez Bilibine son art de se tenir et de parler dans les hautes sphères.

Bilibine aimait la conversation comme il aimait le travail, c’est-à-dire quand la conversation pouvait être élégante et spirituelle.

En société, il attendait toujours l’occasion de dire quelque chose qui fût digne de remarque, et il n’entrait pas en conversation sans l’avoir trouvé.

La conversation de Bilibine était toujours constellée de phrases originales, spirituelles, bien à pic, et d’un intérêt général. Ces phrases se préparaient dans le laboratoire intérieur de Bilibine et elles étaient comme copiées, facilement transposables, si bien que les jeunes gens, civils ou militaires, pouvaient aisément se les rappeler et les colporter de salon en salon. Et en effet, les mots de Bilibine se colportaient dans les salons de Vienne et souvent ils avaient de l’influence sur les soi-disant affaires importantes.

Son visage maigre, fatigué, jaunâtre était tout couvert de grosses rides qui semblaient toujours,