Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/352

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Quand le prince André fut dans la chambre qu’on lui avait préparée et dans du linge blanc, quand il s’allongea sur le lit et posa la tête sur un oreiller chaud et parfumé, il sentit loin, loin de lui, cette bataille dont il avait apporté la nouvelle. L’alliance prussienne, la trahison de l’Autriche, le nouveau triomphe de Bonaparte, la sortie et la parade et la réception de demain chez l’Empereur Frantz, tout cela, le préoccupait. Il ferma les yeux, mais à ce même moment, à ses oreilles éclataient la canonnade, la fusillade, le bruit des roues de l’équipage ; et de nouveau les mousquetaires défilent en descendant de la montagne, les Français tirent, il sent son cœur tressaillir, il s’avance du côté de Schmidt et les balles sifflent gaîment autour de lui et il éprouve, plus vif que dans l’enfance même, ce sentiment de la joie folle de vivre. Il s’éveilla…

— « Oui, tout cela était !… » dit-il avec joie en souriant à soi-même comme un enfant, et il s’endormit d’un sommeil profond, juvénile.