Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/388

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yeux intelligents et bons, tantôt le prince André, tantôt l’officier d’état-major.

— Les soldats disent que déchaussé c’est plus commode, — dit le capitaine Touchine en souriant timidement et avec le désir évident de dissimuler sa gêne sous un ton plaisant.

Mais il n’avait pas encore achevé qu’il sentait que sa plaisanterie n’était pas acceptée et qu’elle n’était pas fameuse. Il était confus.

— Veuillez vous retirer, — dit l’officier d’état-major en tâchant de conserver un ton sérieux.

Le prince André regarda encore une fois la petite figure de l’artilleur. Il y avait en elle quelque chose de particulier, pas du tout militaire, un peu comique, mais très attrayant.

L’officier d’état-major et le prince André remontèrent à cheval et s’éloignèrent.

En sortant du village, en dépassant et croisant des soldats de diverses armes, ils remarquèrent à gauche les fortifications couvertes de glaise fraîche, rouge, récemment construites ; quelques bataillons de soldats, en bras de chemise malgré le vent froid, se mouvaient sur les retranchements comme des fourmis blanches ; du rempart, des mains invisibles lançaient sans cesse des pelletées de glaise rouge. Ils s’approchèrent du retranchement, l’examinèrent et partirent plus loin. Derrière le retranchement même, ils aperçurent quelques dizaines de soldats qui se succédaient sans