Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/405

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— C’est la compagnie du capitaine Touchine, Votre Excellence ! — fit en se dressant et d’une voix gaie, un artificier roux au visage couvert de rousseurs.

— C’est ça, c’est ça. — dit Bagration, et en calculant quelque chose, il parcourut les avant-trains jusqu’au dernier canon. Pendant qu’il s’avançait, de ce canon éclata un coup qui l’étourdit, lui et sa suite, et, dans la fumée qui tout à coup enveloppait le canon, l’on voyait des artilleurs qui saisissaient le canon et faisaient tous leurs efforts pour le remettre en place. Un haut soldat aux larges épaules, le no 1, qui tenait l’écouvillon, les jambes largement écartées, bondit vers la roue. Le no 2, d’une main tremblante, mettait la charge dans la bouche du canon. Un petit homme trapu, l’officier Touchine, en trébuchant contre l’affût courait en avant ; il ne remarquait pas le général et regardait en s’abritant les yeux avec la main.

— Ajoute encore deux lignes, alors ce sera juste — cria-t-il de sa voix menue en essayant de lui donner une gravité qui n’allait pas à sa personne.

— Deux ! grinça-t-il. — Feu, Medvédev !

Bagration appela l’officier. Touchine, d’un mouvement timide et gauche, point du tout comme saluent les militaires, mais plutôt comme les prêtres bénissent, s’approcha du général en posant trois doigts sur la visière. Bien que ses canons fussent destinés à tirer en terrain creux, Touchine en-