Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/409

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XVIII

Parvenu au point culminant de notre flanc droit, le prince Bagration commença à descendre au bas, où résonnait un feu roulant et où l’on ne voyait rien à cause de la fumée de la poudre. Plus ils s’approchaient de la plaine, moins on voyait, mais plus sensible devenait la proximité du vrai champ de bataille. Ils commencèrent à rencontrer des blessés, deux soldats traînés sous les bras ; l’un avait la tête nue, ensanglantée. Il râlait et vomissait, évidemment la balle lui avait frappé la bouche ou la gorge ; l’autre marchait bravement, seul, sans fusil, criait fort et agitait le bras où il avait une blessure fraîche d’où le sang coulait sur sa capote comme d’une bouteille. Son visage semblait plus effrayé que souffrant, il avait été blessé une minute avant. Traversant la route ils commencèrent à descendre tout droit et sur la pente, ils remarquèrent quelques hommes couchés. Ils