Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/424

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levant ; et en ce moment il sentit que quelque chose d’inutile, de lourd, tendait son bras gauche engourdi… Sa main semblait ne pas être à lui. Il l’examina, en vain y cherchant du sang. « Ah ! voici des hommes ! Ils m’aideront, » pensa-t-il joyeusement, en apercevant des hommes qui couraient dans sa direction.

Quelqu’un, en shako étrange, en capote bleue, tout noir, bruni, avec un nez aquilin, courait devant ces hommes.

Derrière, couraient encore deux hommes, puis beaucoup d’autres.

L’un d’eux prononça quelque chose d’étrange, pas en russe.

Parmi les hommes, pareils à celui-là, coiffés du même shako, qui suivaient derrière, se trouvait un hussard russe. On le tenait par les mains, derrière lui, on conduisait son cheval.

« Sans doute un prisonnier des nôtres… Oui… Est-ce qu’on me prendra aussi ? Quels sont ces hommes ? » Il regardait les Français qui s’approchaient et, à lui, qui une seconde avant s’élançait pour attaquer ces Français et les écraser, leur proximité semblait maintenant si terrible qu’il n’en croyait pas ses yeux. « Qui sont-ils ? Pourquoi courent-ils ? Est-ce sur moi ? Courent-ils sur moi ? Et pourquoi ? Pour me tuer ? Moi, que tous aiment tant ! » Il se rappelait l’amour que lui témoignaient sa mère, sa famille, ses amis, et l’intention des en-