Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/436

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les avant-trains gisaient quelques cadavres.

Pendant qu’il s’approchait, un boulet après l’autre volait au-dessus de lui, et il sentit un frisson nerveux lui parcourir le dos. Mais la pensée seule qu’il avait peur ralluma de nouveau son courage. « Je ne puis avoir peur, » pensa-t-il ; et lentement il descendit de cheval parmi les canons. Il transmit l’ordre et ne quitta pas la batterie.

Il avait résolu de faire ôter devant lui le canon de la position et de l’emmener. Avec Touchine, en enjambant les cadavres et sous le feu terrible des Français, il s’occupait de l’arrangement des canons.

— Ce n’est pas comme tout à l’heure, un chef est venu et il s’est sauvé le plus vite possible, — dit le sous-officier en s’adressant au prince André. — Ce n’est pas comme Votre Noblesse.

Le prince André ne disait rien à Touchine. Tous deux étaient tellement occupés qu’on eût dit qu’ils ne se voyaient pas. Quand, ayant mis deux canons intacts sur les avant-trains, ils se dirigèrent vers la montagne (un canon écrasé et une licorne étaient abandonnés), le prince André s’approcha de Touchine.

— Eh bien, au revoir, fit-il en serrant la main de Touchine.

— Au revoir, mon cher, — dit Touchine, — excellente âme ! Au revoir, mon cher, répéta-t-il avec des larmes, qui, on ne sait pourquoi, parurent dans ses yeux.