Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/448

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m’envoyer à la batterie du capitaine Touchine. J’y suis allé et j’ai trouvé les deux tiers des hommes et des chevaux tués, deux canons brisés et aucune couverture.

Le prince Bagration et Touchine regardaient maintenant avec une égale fixité Bolkonskï qui parlait avec retenue et émotion.

— Et si vous me permettez, Excellence, d’exprimer mon opinion, — continua-t-il — je dirai que nous devons en grande partie le succès de cette journée à cette batterie et à la fermeté héroïque du capitaine Touchine et de sa compagnie.

Et sans attendre de réponse, le prince André se levait et s’éloignait de la table.

Le prince Bagration regarda Touchine. On voyait qu’il ne voulait pas mettre en doute le jugement raide de Bolkonskï, et en même temps qu’il lui était impossible de le croire absolument. Il inclina la tête et dit à Touchine qu’il pouvait se retirer.

Le prince André sortit derrière lui.

— Ah merci, mon cher, vous m’avez sauvé ! — lui dit Touchine. Le prince André regarda Touchine et s’éloigna sans rien dire. Le prince André était attristé, peiné. Tout cela était si étrange et si peu semblable à ce qu’il espérait.