Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/52

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Tout à coup le prince Hippolyte se leva et d’un geste de main, les arrêtant tous, il leur demanda de s’asseoir et prononça :

Ah ! aujourd’hui on m’a raconté une anecdote moscovite charmante ; il faut que je vous en régale. Vous m’excusez, vicomte, il faut que je raconte en russe. Autrement on ne sentira pas le sel de l’histoire. Et le prince Hippolyte se mit à parler en russe avec la prononciation des Français qui ont passé une année en Russie. Tous s’arrêtèrent, telles étaient l’animation et l’insistance avec lesquelles le prince Hippolyte demandait l’attention pour son récit.

— À Moscou, il y a une dame. Et elle est très avare. Il lui fallait avoir deux valets de pied derrière la voiture. Et il les lui fallait de très haute taille. C’était son goût. Et elle avait une femme de chambre de très haute taille. Elle dit…

Ici le prince Hippolyte se mit à réfléchir et, visiblement, avec beaucoup de difficulté :

— Elle dit… oui, elle dit : « Fille (À la femme de chambre), prends la livrée et viens avec moi derrière la voiture faire des visites.

Ici, le prince Hippolyte pouffa et éclata de rire bien avant ses auditeurs, ce qui produisit une impression désavantageuse pour le narrateur. Cependant plusieurs personnes, et de ce nombre les dames âgées et Anna Pavlovna, sourirent.

— Elle partit. Tout à coup s’éleva un grand